Le Kerala et la démocratie participative

De Démocratie.

Le Kérala et la démocratie participative

Le Kérala, créé en 1956 par l’adjonction des régions de Travancore, de Cochin et de Malabar, est situé au Sud-Ouest de l’Inde ; on y parle le malayalam, langue spécifique de l’État.

Le Kérala a été le premier État indien à élire un gouvernement communiste en 1957, le Communist Party of India (CPI). Ce parti est resté au pouvoir jusqu’en 1991 alors qu’un parti de droite a été élu. Depuis, il y a alternance Parti de gauche-Parti de droite sans que les acquis sociaux effectués par les partis de gauche soient remis en question (http://fr.wikipedia.org/wiki/Kerala-84k ; www.blogg.org/blog-16247-themes-inde_kerala_2004-46362-html-33k).

Au Kérala, on a mis l’accent sur la réforme agraire et l’accès aux services publics plutôt que sur la production et l’investissement dans une technologie coûteuse, ce qui explique que l’économie de l’État en souffre quelque peu . Le chômage notamment y est élevé et plus d’un million de Kéralais sur une population de 31 millions d’habitants (en 2001) vont travailler dans les pays du Golfe Ils contribuent cependant à l’économie kéralaise par les revenus qu’ils rapatrient (http://fr.wikipedia.org/wiki/Kerala-84k).

Le modèle de développement du Kérala en est un de justice sociale. Par la réforme agraire de 1969, sous le gouvernement communiste, l’acquisition de terres a été possible pour les plus pauvres à qui des subventions ont été accordées pour la construction de leurs propres maisons. Cette acquisition de terres n’est cependant pas allée de soi : pour avoir leurs terres, les Kéralais ont dû se mobiliser et se battre avec l’aide d’un mouvement de gens sans-terre (Norris et al.,) et du Parti communiste.

Dans le modèle distributif de développement du Kérala, il y a aussi un partage équitable des ressources alimentaires. Par un réseau de plus de 11 000 boutiques à juste prix, entre autres, presque tous les Kéralais peuvent en arriver à se nourrir à moindre coût. La nourriture est également distribuée par l’entremise de programmes de lunch à l’école, de programmes d’alimentation pour nourrissons et pour femmes enceintes qui allaitent. (Franke et Chasin, 1992)

En outre, les soins de santé de base sont dispensés gratuitement à tous et à toutes, et les travailleurs de la santé sont directement interpellés par les patients et les syndicats en cas de non respect de leurs responsabilités.

Sur le plan de l’éducation, les efforts du Kerala People’s Science Movement (KSSP) pour rendre la science accessible aux Kéralais et promouvoir l’éducation ont été notoires dans les années 1970. De même, la campagne d’alphabétisation totale (Total Literacy Campaign), lancée en décembre 1988 par le Left Democratic Front (Front démocratique de gauche sous la conduite du Parti communiste de l’Inde marxiste (CPI-M), s’est soldée par un succès dans tout le Kérala, notamment sur le plan de la diminution de votes invalides aux élections de 1989 comparativement aux élections précédentes et de la diminution du décrochage scolaire. De plus, Les personnes ayant ainsi été amenées à prendre en charge leur développement de nombreuses formes de participation en sont découlées, dont la formation de comités locaux de vulgarisation scientifique.

Les femmes bénéficient également de la promotion de l’alphabétisation. En 1987, elles étaient déjà 51 % à être étudiantes graduées ou à fréquenter le collège.

La place des femmes dans la vie socioéconomique du Kérala est reliée, entre autres, à l’économie de subsistance (cultures) ou, pour les plus instruites, à des emplois d’enseignantes, d’infirmières, de travailleuses sociales, etc. Cependant, comme dans les pays industrialisés occidentaux, les femmes subissent de la violence : le système de dot (dowry system), par exemple, fait que des femmes meurent à cause d’une dot insuffisante ; le harcèlement sexuel (Eve-teasing) est également présent sous forme d’exploitation sexuelle au travail ou d’avances sexuelles faites par des enseignants. Les mouvements féministes se montrent très vigilants sur ce plan.

Pour conclure, je dirais que l’histoire des luttes des Kéralais et leur propension à se mobiliser, par exemple, pour leurs terres, teintent la nature participative de la démocratie kéralaise. Les formes que prend cette démocratie participative m’apparaît davantage relever de mouvements sociaux collectifs et du regroupement de citoyens en organisations (organisations de femmes, syndicats, etc.) que de dispositifs comme les jurys de citoyens ou les conférences de consensus qui consistent à associer, le temps d’une consultation de quelques jours, un groupe de citoyens ordinaires, tirés au sort ou volontaires, à la production d’un jugement éclairé susceptible d’enrichir le point de vue de l’autorité en charge.

On ne peut toutefois reprocher au gouvernement du Kérala de manquer de volonté politique quant à la participation des citoyens et des citoyennes aux décisions et à la vie politique du Kérala.

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Micheline Bélisle- 25 mai 2009

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