Démocratie culturelle et démocratisation culturelle. par Alexandre Laraque

De Démocratie.

La culture selon l’UNESCO est « dans son sens le plus large, considérée comme l'ensemble des traits distinctifs, spirituels et matériels, intellectuels et affectifs, qui caractérisent une société ou un groupe social. Elle englobe, outre les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l'être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances.» La langue, la façon de s’habiller, la musique que l’on écoute, la façon de danser, tout cela fait partie de notre culture. De nombreux débats sur les politiques culturelles ont eu lieu sous l’égide de l’Unesco. Citons entre autres Notre diversité créatrice en 1995 et les Conférences intergouvernementales sur les politiques culturelles de Stockholm en 1998. Ces débats mettent en cause deux modèles de politiques culturelles qui sont : la démocratisation de la culture et la démocratie culturelle.

La démocratie dans ce sens émane de la culture. Les valeurs fondamentales de la démocratie sont la liberté et l’égalité. La liberté car nous sommes tous libres de choisir et de nous exprimer, l’égalité car mon opinion, mon choix a la même valeur que le tien. Que veulent dire ces valeurs là quand nous parlons de culture, plus précisément d’art et lettres? C’est dans la signification et la portée de ces valeurs que se situe toute la différence entre ces deux concepts. Nous allons dans les lignes qui suivent définir la démocratisation de la culture et la démocratie culturelle

Démocratisation culturelle

À la suite de la seconde guerre mondiale, les grandes puissances, dans leur élan de démocratie ont axé leur politique culturelle sur la démocratisation de la culture. Pour que les citoyens exercent la démocratie, il faut qu’ils soient au même niveau. Ils ont remarqué que la culture pouvait aider à réduire les écarts entre les classes sociales afin d’avoir une société plus homogène. Mais comment arriver à une société homogène? La réponse à cette question se trouve dans la logique des droits d’accès à l’éducation, d’accès à la culture. Il fallait donc démocratiser la culture en employant des politiques culturelles favorisant l’accès des classes marginalisées à l’éducation et à la culture en général. On parle alors de démocratisation culturelle, qui consiste à faire accéder le plus grand nombre à la culture de l’élite. Il s’agit alors de maintenir de hauts standards de qualité basés sur les formes d’expression considérées les plus nobles (opéra, musique classique, etc.). Le rôle de l’état, dans ce modèle, est de stimuler la production culturelle en donnant son soutien aux activités artistiques. Toutefois l’action culturelle publique est centralisée. Tout ce qui a trait aux objectifs visés, au financement, aux normes de qualité, aux stratégies et secteurs d’intervention est déterminé par des groupes restreints de professionnels communément appelés les experts. La démocratisation culturelle est le modèle utilisé par le gouvernement de Sarkozy, d’ailleurs il décrit bien la démocratisation culturelle dans un discours qu’il a prononcé à Marseille lors de sa campagne électorale : http://www.youtube.com/watch?v=OjWgiV8v74M

Démocratie culturelle

Pratiquer la démocratisation culturelle, c’est revendiquer qu’il existe une culture supérieure, celle de l’élite. La logique est en contradiction avec les valeurs principales de liberté et d’égalité de la démocratie. En nous basant sur ces valeurs nous dirions que la musique classique et la musique populaire sont égales dans le sens où elles se valent l’une l’autre, et en tant que citoyen nous sommes libres de choisir le genre qui nous plait. Pourquoi le gouvernement voudrait-il donc dans son effort de démocratiser la culture, nous imposer une culture qu’elle juge noble ? La démocratie culturelle est dans ce sens opposé à la démocratisation culturelle. La démocratie culturelle dénonce la supériorité d’une forme de culture sur les autres tout en prônant la diversité des formes d’expression. Contrairement à la démocratisation de la culture, elle privilégie les interventions favorables au libre choix et à la diversité. L’action de l’état est décentralisée et plus de liberté est accordée lorsqu’il s’agit des interventions culturelles.

Quel est le modèle le plus adéquat?

Malgré tout, l’action de l’État reste nécessaire dans le domaine culturel car elle permet de poursuivre des finalités d’intérêt national et de préserver l’identité culturelle d’une nation. Elle assure aussi un certain équilibre. Les standards d’excellence permettent de fixer des objectifs. L’idéal serait donc de promouvoir la diversité culturelle tout en maintenant les exigences de qualité. Les politiques culturelles des gouvernements devraient donc combiner ces deux modèles, s’appuyer sur les acquis de la démocratisation culturelle en favorisant la démocratie de la culture.


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