«La gouvernance» par Samira Benzina

De Démocratie.

La gouvernance


Dotée d’une trame étymologique et historique unique, la notion de gouvernance est loin d’être récente . L’origine première du terme provient de la langue française, une origine de plus en plus escamotée ; et pour cause, le Petit Robert lui-même lui prête des souches anglo-saxonnes ; governance. En fait, le mot disparaît après le Moyen-âge pour réapparaître grâce au secteur privé dans les années 1970 . L’intégration du concept de gouvernance dans la sphère politicoadministrative se fait sur deux décennies. D’abord, dans les années 1980, autour du Nouveau Management Publique (NMP) ; cette nouvelle manière minimaliste de concevoir l’Etat . Puis, dans les années 1990, où le NMP est pointé du doigt pour avoir eu pour effet de fragiliser la légitimité de l’appareil étatique .


Quant aux significations que revêt la gouvernance, de multiples auteurs, politologues, organismes et autres ont tenté d’en proposer une définition. Parmi eux, J. Kooiman, auteur de l’ouvrage Modern Governance : New Government-Society Interaction, la définit comme étant, « le modèle, ou la structure, qui émerge dans un système sociopolitique en tant que résultat commun de l'interaction de tous les acteurs en présence. Ce modèle ne peut être réduit à un seul acteur ou à un groupe d'acteurs en particulier . » À cet effet, une précision dans le site Web www.gouvernance.over-blog.com, vient illustrer ce qui précède ; « la gouvernance peut s'appliquer à des organisations très diverses (collectivités territoriales, entreprises, organismes internationaux, associations, etc.). Ce concept peut s'avérer très utile pour comprendre, orienter et coordonner ces divers acteurs afin de les amener vers la résolution d'enjeux collectifs (lutte contre la pauvreté, résorption du chômage, protection de l'environnement, préservation de la diversité culturelle, promotion du genre, etc.)  » Ainsi, la gouvernance en tant que « fait social  » aurait pour visée de faire concorder les actions vers un certain but, un bien commun. Cette optique rapproche fortement la gouvernance de la démocratie dans le sens où comme le souligne l’ACDI « la démocratie est vitale pour une bonne gouvernance  ». L’Agence Canadienne de développement internationale précise aussi les conditions préalables à une bonne gouvernance ; « est démocratique et responsable; encourage, protège et respecte les droits de la personne; garantit l’efficacité, la responsabilité et la transparence des organismes du secteur public; repose sur la primauté du droit; garantit la sécurité des personnes tout en assurant le règlement pacifique des conflits; encourage l’égalité entre les femmes et les hommes . » En somme, ce qui fait consensus en termes de sémiologie de la notion gouvernance c’est essentiellement qu’elle est basée sur la décentralisation du processus de décision et sur l’implication de plusieurs acteurs dans différents lieux .


Le secteur privé a donné un nouveau souffle à la notion de gouvernance qui a ressurgi, il y a près de trente années, après plusieurs siècles de désuétude. C’est un concept large, aux perspectives diverses, qui recherche selon certains une convergence vers un bien commun. Il se base sur les fondements démocratiques pour s’accomplir tout en privilégiant une structure interactionnelle multiple, équitable, généralisée, presque infinie. Mais qu’en est-il de la structure décisionnelle, en d’autres termes à qui revient la décision finale ? Selon Bertrand de Jouvenel, « la notion de gouvernance a remplacé celle du pouvoir  ». Ainsi, la gouvernance, comme modèle de gestion, est un pouvoir en soi. D’où un questionnement légitime dont Hermet a fait un ouvrage, à savoir « La gouvernance est-elle le nom de l’après-démocratie ? ». Nombre d’auteurs ont réfléchi sur la question de la post-démocratie. Toutefois, le point de vue d’Ahmet Insel reflète une certaine réalité actuelle en considérant que l’après-démocratie sera vraisemblablement un amalgame de gouvernance et de caudillisme . Le caudillisme consiste à utiliser la fidélité d’une clientèle pour conquérir le pouvoir, notamment par voies électorales . Ainsi, oui l’après-démocratie sera faite d’échanges entre acteurs dans un contexte d’autonomie décisionnelle en vue de l’atteinte d’un bien commun, mais aussi de déséquilibres majeurs, un contexte au sein duquel certaines élites auront le dessus.


La gouvernance en tant que fait de société, comporte divers enjeux ; la réforme de la fonction publique, la mondialisation et les nouvelles technologies de l’information, l’avenir des Etats et des fonctions publiques, en sont les principaux. En premier lieu, on pourrait être porté à croire que les changements qu’ont connus les fonctions publiques sont imputables uniquement aux fonctionnaires. Il est vrai que c’est principalement sous l’impulsion de Margaret Thatcher que la gouvernance a pris place dans les sphères administratives anglaises. Il n’en demeure pas moins que chaque pays a appliqué sa propre forme de gouvernance. Le recrutement de cadres du secteur privé ont été grandement bénéfiques pour assurer le renouvellement des fonctions publiques et le regain d’énergie dans les activités gouvernementales de certains pays. Dans d’autres pays, telles l’Angleterre, l’Australie et la Nouvelle-Zélande cette réforme a été mené par les fonctionnaires eux-mêmes. Cet état de fait implique la question du partenariat public-privé et surtout dans quelle mesure un partenaire privé est porté à rechercher « ce bien commun » prôné par la gouvernance. Ou ne serait pas plutôt un résultat commun, résultat au sein duquel la notion de « bien » n’intervient pas. En deuxième lieu, la mondialisation combinée aux nouvelles technologies de l’information (NTI) a changé la donne dans les modes de gouvernance dits classiques. Désormais, selon Kooiman, la coopération est de mise avec une gouvernance qui est devenue, à l’époque contemporaine, « un phénomène interorganisationnel  ». En effet, les NTI, génératrices d’interactions entre individus et groupes de tous genres ont contraint les systèmes politiques à redéfinir la gouvernance en termes de « co-gestion, codirection, coorientation . » En troisième lieu, la question de l’avenir des Etats et des fonctions publiques s’impose puisque de plus en plus la gestion de l’Etat se fait à la manière du privé, ce qui remet en cause l’utilité du fonctionnariat dans certains pays. Toutefois, les fortes pressions syndicales pour limiter les partenariats publics-privés empêchent pour le moment de considérer un tel schéma, mais celles-ci demeurent palliatives dans la mesure où les secteurs privés et publics partagent foncièrement la même vision ; celle du rendement, de l’efficience et du résultat.


Bibliographie :

Site officiel de Wikipédia,, http://fr.wikipedia.org/wiki/Gouvernance, consulté le 24 novembre 2007.

Site officiel de l’Encyclopédie de l’Agora, http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Gouvernance, consulté le 24 novembre 2007.

Site officiel de Gouvernance.overblog.com, www.gouvernance.over-blog.com, consulté le 24 novembre 2007.

Site officiel de Wikipédia, http://fr.wikipedia.org/wiki/Cadre_analytique_de_la_gouvernance, consulté le 24 novembre 2007.

Site officiel de l’Agence Canadienne de développement international, http://www.acdi-cida.gc.ca/CIDAWEB/acdicida.nsf/Fr/JUD-111883426-HX4, consulté le 21 novembre 2007.

Site officiel de CAIRN, http://www.cairn.be/revue-revue-du-mauss-2005-2-p-121.htm, consulté le 19 novembre 2007.

Site officiel de l’encyclopédie Universalis, http://www.universalis.fr/encyclopedie/D941171/CAUDILLISME.htm, consulté le 25 novembre 2007.

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